La qualité essentielle du Juif
Le mot "gma'h", nous explique Myriam, créatrice de l'un des organismes du même nom, vient des mots "gmilouth 'hassadim", l'une des qualités essentielles du juif, celle du don et de la solidarité." Myriam s'occupe d'un gma'h de médicaments depuis quatorze ans. Les gens défilent à son domicile 24 heures sur 24 pour profiter de ce service si précieux : l’appartement est ouvert en permanence et, de surcroît, on ne demande pas d'argent ! "Nous fonctionnons très simplement, nous confie cette jeune femme de trente cinq ans qui est déjà mère d'une famille nombreuse. Nous avons commencé parce que notre fils a eu des bronchites asthmatiques à répétition dès l'âge de trois mois. Une fois par mois, on devait se rendre à l'hôpital pour lui faire des inhalations avec un appareil spécial. Quand il a eu six mois, nous avons décidé, mon mari et moi, d'investir dans l'achat d'une machine de ce type (qui est assez coûteuse). Les gens ont entendu que nous possédions une telle machine et ont commencé à nous l'emprunter. C'est ainsi que tout a commencé."
Myriam habite un quartier religieux près de Jérusalem qui compte cinq cents familles. Par son dynamisme et son enthousiasme, elle a acquis au fil des années des connaissances en pharmacie, ce qui lui a permis de développer son activité. Aujourd'hui, son gma'h est devenu l'un des services indispensables du quartier.
"Nous avons d'abord décidé d'ouvrir un gma'h d'appareillage médical. Nous avons acheté des béquilles, une chaise roulante, un humidificateur. A peu près à la même époque, un couple nous a donné un petit fonds de médicaments (pilules, gélules, suppositoires..). De cette base, on a créé un "département" médicaments mais il a fallu s'organiser. Aujourd'hui, le gma'h me prend tellement de temps qu'un bénévole vient m'aider deux fois par semaine pour ranger les médicaments, noter ceux qui manquent et les remplacer..."
De l'asthme à la coqueluche
Le fonctionnement du gma'h de Myriam est simple : chaque personne qui présente une ordonnance (sauf pour les aspirines...) reçoit la première série de cachets (par exemple pour les antibiotiques). Ils doivent ensuite se rendre dans une pharmacie en ville et les restituer au gma'h. Mais souvent, les gens n'arrivent pas à le faire. Dans ce cas là, c'est Myriam qui rachète les médicaments. "Notre gma'h représente des milliers de chékalim (a peu près dix mille francs). Pour composer le fond de départ, nous achetons les médicaments au prix fort et non au prix de la sécurité sociale. Par exemple, nous payons un sirop classique 90 chékalim (17 euros) alors que les gens se le procurent à 10.5 chékalim quand ils se rendent à la koupath 'holim (caisse maladie)." Une responsabilité qui engage temps, argent, disponibilité et aussi... discernement. "Un jour, nous confie Myriam, une maman est arrivée chez nous complètement paniquée. Son bébé avait des crises de toux et devenait tout bleu. Elle voulait emprunter une machine pour faire des inhalations, sur les conseils de sa voisine. Mais après avoir pris quelques renseignements sur l'état du bébé, je lui ai conseillé d'aller à l'hôpital car les symptômes présentés par l'enfant ne correspondaient pas à une crise d'asthme. Le lendemain, elle m'appelait pour me dire que le bébé avait la coqueluche ! D'autres anecdotes rythment la vie du gma'h. Un adolescent se trompe d'ordonnance et demande des somnifères à la place d'antibiotiques... Myriam est en contact permanent avec les médecins. Toujours en ébullition, elle a des idées et de l'énergie : "C'est vrai, au départ, il faut prendre le rythme : les gens viennent parfois au milieu de la nuit. Il faut retrouver ses esprits ou plutôt se mettre dans la peau d'une pharmacienne rassurante et pro. Mais l'effort est à la mesure de la récompense : le gma'h a évité à beaucoup de gens d'aller à l'hôpital et a aidé énormément de familles. Nous avons également ouvert un petit gma'h contre les brûlures superficielles. Et aussi un gma'h d'argent pour payer les taxis des gens qui doivent se rendre à l'hôpital et également un gma'h pour payer les soins dentaires... Et puis, j'oubliais, cela n'a rien à voir, mais nous avons aussi un gma'h de plateaux... ".




