Article par Victoria Fisher
Le jour de la ‘houpa est marqué par de nombreux rites, expressions de la signification profonde du mariage juif. Si, selon les coutumes, certains mariages ont lieu à l’intérieur d’une synagogue, ils peuvent également se dérouler à l’extérieur, au clair de lune. Romantisme ? Ou alors, le dais symboliserait-il la protection divine ? Entrons ensemble sous la ‘houpa, le temps de découvrir le sens des gestes qui y sont accomplis… De « A » à « Z », les mots pour le dire !
A comme Anneau : la bague ne doit pas contenir de pierre précieuse. Elle est comme le mariage, d’une valeur simple, d’une beauté simple. Elle doit appartenir au fiancé exclusivement. Sous la ‘houpa, le fiancé prend la bague dans ses mains, devant deux témoins, et déclare à sa fiancée : « Tu m’es consacrée (mekoudecheth li) selon la Loi de Moïse et d’Israël ». Il place alors l’anneau sur l’index de la main droite de sa femme. D’après la Loi juive, c’est l’un des moments centraux de la ‘houpa.
B comme bénédiction : Sous la ‘houpa, on récite sept bénédictions (chèva bra’hoth) sur la seconde coupe de vin, bra’hoth qui seront répétées durant les sept jours de réjouissance qui suivent le mariage, à la fin des repas. On faisant ces bénédictions, nous invitons la présence divine à s’installer dans ce couple et à y faire régner la paix, la plus grande de toutes les bénédictions. Le thème de ces bra’hoth est le lien qui rattache les fiancés au Créateur du monde, dispensateur des bienfaits en ce monde et sauveur ultime de Son peuple. A la fin de ces bra’hoth, les mariés boivent à cette coupe.
C comme Cabalath panim : les futurs époux reçoivent séparément les invités avant la ‘houpa. Cette réception (cabala) se déroule ainsi car le ‘hatan et la kala ne se voient pas avant la cérémonie du mariage (voir W comme week). Dans la tradition juive, les époux sont comparés à des souverains. La fiancée, telle une reine, est assise sur un trône pour recevoir les invitées, pendant que son fiancé, dans une salle attenante, est entouré des hommes, qui chantent autour de lui et le congratulent.
D comme destruction du Temple : à la fin de la cérémonie sous la ‘houpa, le fiancé brise un verre avec son pied. Cet acte est une marque de tristesse en souvenir de la destruction du Temple de Jérusalem et identifie les jeunes mariés au destin national et spirituel du peuple juif qui souffre encore en exil. Un juif, précisément à un moment de joie extrême, se souvient des versets du Psaume 137 : « Si je t’oublie Jérusalem, que ma droite oublie (son agilité). Que ma langue se colle à mon palais si je n’évoque pas ton souvenir, si je ne place Jérusalem au sommet de ma joie ». Le ‘hatan prononce ce verset des Psaumes avant de casser le verre.
E comme émotion : le jour de la ‘houpa est celui de toutes les émotions : joie profonde d’être uni à sa moitié (d’âme), gratitude envers Hachem d’avoir amené cette union, reconnaissance envers ses maîtres et ses parents pour leur aide et leur dévouement jusqu’à ce jour. L’émotion est grande. Bref, préparez vos mouchoirs !
F comme fiançailles : les fiançailles d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec celles mentionnées par la Thora et le Talmud. De nos jours, les fiançailles sont l’occasion de se réjouir avec sa famille et ses amis lors d’une fête sans véritable implication hala’hique. Par contre, les fiançailles de la Thora, appelées « quidouchine », consacrent l’union et la femme devient épouse. Pour se délier de cette consécration, il faudrait procéder à un guète (acte de divorce). A l’époque du Talmud, les quidouchine avaient lieu dans une période variant de six mois à un an avant que les époux ne se marient et ne soient réunis sous le même toit. De nos jours, on pratique les fiançailles (quiddouchine) juste avant le mariage (nissouïne) sous la ‘houpa. Cela évite une période trop longue de transition. Les quiddouchine consistent dans le don de la bague à la femme par son fiancé, don auquel auront précédées les deux bénédictions récitées par le Rabbin.
Quidouchine et nissouïne sont démarqués par deux coupes de vin différentes. La ketouba est lue entre les deux événements.
G comme Grand air : la ‘houpa se déroule selon certaines coutumes au grand air, sous les étoiles, comme un signe de la bénédiction donnée par Hachem à Avraham : « Tes enfants seront aussi nombreux que les étoiles du ciel ».
H comme ‘houpa : dans tous les rites, la cérémonie du mariage prend place sous un dais nuptial (‘houpa). Par ce symbole, le fiancé fait rentrer la future épouse dans leur maison. La ‘houpa est ouverte de tous côtés, à l’image de la tente d’Avraham et de Sara qui était ouverte à tous pour recevoir les invités des quatre coins de la terre.
I comme isolement (yi’houd) : le couple, dans la tradition ashkénaze, est accompagné vers une pièce privée où devant deux témoins ils s’isolent en marque de consécration du mariage. Ils y partageront dans l’intimité leurs premiers instants de jeunes mariés. Ce moment d’isolement marque le droit nouvellement acquis du fiancé et de la fiancée de vivre ensemble. Ces minutes sont inoubliables, volées au temps, aux invités et… aux photographes !
J comme jeûne : le jour du mariage est semblable, pour les futurs époux, au jour de kippour. Ce jour là, toutes leurs fautes sont pardonnées, car c’est un moment de purification pour un nouveau départ dans la vie. Dans certains rites, les fiancés jeûnent, comme le jour de kippour. Parfois, le fiancé porte le kittel, vêtement blanc, couleur des anges, que l’on porte Yom kippour.
K comme ketouba : Après que le fiancé ait donné l’alliance, on lit la ketouba (contrat de mariage), dans son texte araméen original. Le fiancé prend sur lui les responsabilités du mariage énumérées dans la ketouba. Afin de protéger les droits de la femme, les Rabbanim ont institué l’obligation de la ketouba par laquelle le fiancé s’engage à donner une somme d’argent importante à sa femme au cas où il demanderait le divorce sans raison valable. De plus, il s’engage à nourrir son épouse, à lui donner un toit et des vêtements, à être attentif à ses besoins affectifs. La protection de l’épouse juive est si importante que le mariage ne peut se conclure avant que le contrat n’ait été signé. A la fin de la lecture de la ketouba, le ‘hatan s’engage à en respecter les clauses, et soulève un mouchoir devant les témoins (acte d’engagement selon la Thora). Selon le rite sépharade (excepté les Nord Africains), il jure de respecter toutes les clauses de la ketouba (c’est la seule fois que l’on autorise un homme à jurer).
L comme liturgie : les liturgies ashkénazes et sépharades sont légèrement différentes. De même, les sépharades ne s’isolent pas (yi’houd), la fiancée sépharade ne fait pas sept tours autour de son futur marié (voir la lettre S). Mais excepté ces petites différences de minhagim (coutumes) le mariage, qu’il soit sépharade ou ashkénaze, reste essentiellement le même.
M comme mazal tov ! : le mariage juif symbolise la beauté des relations entre mari et femme, marque leur engagement mutuel et témoigne de l’appartenance au peuple juif. Le mariage est une grande aventure qui a débuté bien auparavant : la tradition explique qu’un homme et une femme sont « promis », destinés l’un à l’autre, quarante jours avant leur naissance. Le mariage est donc un moment « prévu » par Hachem. L’âme n’est entière, complète qu’au moment où elle retrouve sa moitié. A l’instar de la cellule qui se forme pour être complète, l’âme humaine est faite de deux parties : celle de l’homme et celle de la femme. L’important est de ne pas se tromper et de retrouver sa véritable moitié d’âme. Mazal Tov !
N comme nervosité : lorsque les époux se dirigent vers la ‘houpa après la cabalath panim (voir lettre C), ils sont entourés, presque escortés, par leurs parents et beaux-parents respectifs. Peut être pour empêcher les fiancés de prendre leurs jambes à leur cou ! Plus sérieusement, la ‘houpa est considérée comme un aboutissement et ce sont nos parents qui nous ont permis d’y parvenir. Ce sont donc eux qui nous y accompagnent.
O comme « Oh qu’elle est belle » : c’est la phrase que la kala va entendre le plus souvent lors de cette merveilleuse soirée. Même si le choix de la robe est fondamental, la mariée sera toujours la plus belle. Alors, en ce jour capital, n’oublions pas l’essentiel : la préparation spirituelle (cours sur la pureté familiale, initiation à la pensée juive pour le couple…) conditionne toute la vie des jeunes mariés.
P comme prières : le jour du mariage est particulier car c’est un jour où Hachem ouvre les portes de la prière. Souvent, les proches des fiancés leur confient une liste de noms pour des bra’hoth. Mais ne soyons pas égoïstes. Si nos demandes sont importantes, il ne faut pas oublier que les principaux intéressés ont aussi beaucoup de choses à demander pour eux-mêmes ! La kala récite une prière spéciale à la fin la cabalath panim, où elle se met sous la protection de D.ieu.
Q comme Quidouchine : deux coupes de vin sont utilisées lors de la cérémonie du mariage. Après avoir fait la bénédiction des quidouchine sur le premier verre, les époux boivent à cette coupe. Le vin, symbole de la joie dans la tradition juive, est accompagné du kiddouch, la bénédiction de sanctification récitée lors de chabbath et des fêtes. Le mariage, appelé kiddouchine, est une bénédiction de sanctification.
R comme retard : en France, à la synagogue, les retards sont minimes. En Israël, en général, vous pouvez presque rejoindre les mariés une heure après l’heure indiquée sur les faire-part. C’est bien le seul jour où on ne leur en voudra pas !
S comme sept : sous la ‘houpa, selon le rite ashkénaze, la fiancée tourne sept tours autour de son fiancé : de même que le monde a été créé en sept jours, la kala mime symboliquement la construction des murs de la maison du nouveau couple. Le chiffre sept symbolise également la plénitude que l’on ne peut atteindre qu’à deux. Ces sept tours sont également une allusion aux sept occurrences où l’on trouve écrit dans la Thora : « et quand un homme prendra une épouse ». De même, durant sept jours, on réjouira les mariés, en clôturant les repas de fête par les sept bénédictions (voir Bénédiction).
T comme talith : sous la ‘houpa, selon le rite sépharade, le fiancé fait la bénédiction « chéhé’hianou » : « béni sois Tu qui nous a fait vivre, fait exister et parvenir à ce jour »… ce jour où l’on épouse sa femme… On fait cette bra’ha sur un nouveau talith que le ‘hatan tend comme un second dais sous la ‘houpa.
U comme utile : si vous organisez la ‘houpa de l’un de vos proches, n’oubliez pas ces quelques objets utiles : un talith neuf, une coupe de kiddouch, une bouteille de vin, un verre (pas du duralex !) enveloppé dans du papier (destiné à être cassé), la prière de la kala, des confettis, et surtout buvez un grand café noir avant de partir au mariage car le principal ce jour là, c’est de réjouir ‘hatan et kala ; même si ce moment est particulièrement émouvant, il est aussi chargé de stress. La mission numéro 1 des invités : réjouir le cœur des jeunes mariés.
V comme voile : le fiancé, pour clore la cabalath panim, vient chercher sa fiancée pour la couvrir du voile. Le voile symbolise l’idée de tsniouth (pudeur) et véhicule un message essentiel du judaïsme : bien que le charme physique soit important, c’est la beauté de l’âme et du caractère qui est fondamentale. Le ‘hatan, accompagné des hommes de sa famille et de ses amis, s’avance vers la kala et place le voile sur son visage. Cette ancienne coutume est l’un des premiers actes où le fiancé montre qu’il offre une protection à sa fiancée. C’est également un souvenir de Rivka qui se couvrit le visage avant d’épouser Yts’hak.
W comme week : dans certaines coutumes, les fiancés évitent de se voir la semaine précédant le mariage. Suspense oblige.
X comme Xantia : Le choix de la voiture menant les futurs époux sous la ‘houpa ne fait pas partie des 613 mitsvoth. Nous citons cependant la Xantia car aucun mot ne correspondait au X pour notre abécédaire…
Y comme yiddish : Un célèbre dicton yiddish nous apprend qu’il est impossible « de danser à deux ‘hatounes » c’est-à-dire à deux mariages. Cela signifie que dans la vie il faut choisir, on ne peut pas suivre deux voix différentes, on ne court pas deux lièvres à la fois, diront-on en français. Dans le cas du choix du conjoint, Hachem nous offre Son aide de façon spéciale. Il suffit de savoir la saisir…
Z comme zodiaque : Vous êtes bélier, il (ou elle) est scorpion et vous avez peur de ne pas vous entendre ? Ne vous faites pas de souci, même si l’astrologie est reconnue par la Thora (bien qu’aujourd’hui nous avons perdu l’art de cette science), nous savons depuis notre Patriarche Avraham que les astres n’ont pas d’influence sur Israël : « Ein mazal leIsraël » nous ont enseigné nos Sages. Nous pouvons toujours échapper au destin par nos actions…