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De Moché rabbénou aux rabbins orthodoxes...

Article par Millie Salomon (d'après R. D. Ellalouf)
Aujourd'hui, les Sages d'Israël dirigent les orthodoxes et décident des grandes orientations pour tous les Juifs pratiquants. Leur nomination est calquée sur celle pratiquée du temps de Moïse.
Ce que Moïse donna au peuple juif en lui transmettant la Thora, ce n'est pas une religion. Ni un système de rites. C'est une Loi embrassant tous les domaines de l'existence : c'est un code civil, un code pénal, un code moral et une règle de vie et de savoir-vivre.
Durant cinq siècles, depuis l'entrée en Israël jusqu'à la fin du règne de Salomon, la société juive, imprégnée de ce code éthique, fut un exemple de moralité, d'harmonie et de paix.

Ni pots de vin ni show télévisés !

Après la mort de Yéochoua (Josué), disciple et bras droit de Moché, ce sont des juges (choftime) qui dirigent la société.
Les Juges du peuple juif sont les chefs d'Etat d'aujourd'hui. Leur champ d'action est bien plus vaste que le traitement des affaires civiles ou pénales : ils prennent les grandes décisions politiques, économiques et décident des orientations sociales de la Nation juive. Leur constitution, c'est la Loi reçue et transmise par Moïse, interprétée grâce à la diversité de sa jurisprudence et nuancée grâce à sa finesse juridique. Cette Loi, appelée Thora, a été plébiscitée par le peuple dans son ensemble, condition sine qua non de son application. Révélée par D. au Sinaï, transmise par Moïse au peuple juif et respectée durant de nombreuses générations par l'ensemble du peuple, la Thora est enseignée d’abord pas les Anciens (les Sages) puis par ces Juges qui sont également les grands érudits de la Nation.

Mais qui entend "Juge" ne peut s'empêcher de penser aux juges d'aujourd'hui, contraints à manœuvrer au sein d'une structure complexe soumise aux pressions financières et politiques, à la corruption et à l'influence des médias. Or, pour les choftime de la Bible, les buts et les moyens sont tout autres. Il ne s'agit ni d'une ploutocratie (gouvernement par les plus fortunés) ni d'une démocratie (par les plus nombreux) mais d'une société dirigée par les plus altruistes et les plus savants. Utopie ? Ce fut la réalité d'Israël, qui perdura après l'exil dans toutes les communautés, qu'elles fussent européennes ou levantines.

L'ENAA : l'Ecole Nationale de l'Amour de l'Autre

Les Juges (et plus tard les Rois), sont promus aux premières places du pouvoir parce qu'ils réunissent des qualités humaines et morales exceptionnelles. Entièrement dévoués à la population, ils sont d'une honnêteté irréprochable. Un exemple de cette abnégation et de ce dévouement permanent : lorsque le prophète Samuel était juge sur Israël, il ne prenait aucun subside des villes qui avaient besoin de ses services, et il se rendait à ses propres frais dans chacune d'elle. Imaginez Al Gore ou Ehoud Barak ne recevant aucun salaire et payant de leur poche leurs frais généraux !
Vivant de peu, se concentrant sur l’élaboration du Droit, les Sages n’économisent ni leur effort ni leurs forces.
Et la conduite de Samuel n'est pas celle d'un individu d'exception : les Juges sont tous formés à la même école, celle du don de soi.
Celui qui souhaite consacrer sa vie aux autres doit passer une "épreuve" visant à estimer niveau de connaissances et d'éthique. Il obtient alors une reconnaissance de ses Maîtres, appelé smi'ha, transmise par une apposition des mains depuis Moïse. Quant aux qualités requises pour accéder au rôle de Juges, elles sont, d'après Maïmonide, au nombre de sept : sagesse, humilité, crainte de D., haine de l'argent, amour de la vérité, amour des gens. Enfin, il fallait que ces hommes possèdent un chem tom, une bonne renommée. Car celui qui est aimé par les hommes est aimé par D. La nomination des Sages est donc une cooptation qui doit être ratifiée par le peuple.
Talmidé 'ha'hamim accomplis, les Juges peuvent répondre à toutes les questions et sont à même de trancher les cas les plus difficiles, tant sur le plan individuel que sur le plan collectif. Ils fixent les lois et déterminent la politique extérieure. Tels sont au départ (c'est-à-dire à partir du Mont Sinaï), les critères d'élection des chefs d'Israël. Ce peuple saint, dirigé par des Maîtres indépendants du pouvoir exécutif respecte, à la lettre et dans l'esprit, l'idéal de la Loi.
Durant des générations, les descendants de ceux qui ont reçu la Thora au Sinaï n'ont de cesse de le mettre en pratique : ce sont à ces hommes et ces femmes que s'identifient ceux qu'on appelle aujourd'hui les "orthodoxes" (conformes à la doctrine). Pour des raisons historiques, les Juges (ceux du Sanhédrin, tribunal réunissant les plus grands Sages d’Israël) ont désigné les Rois.
Aujourd’hui, les juges (dayanim) que nous connaissons - et qui ont siégé dans toutes les communautés durant des siècles - n'ont pas les mêmes pouvoirs qu'autrefois. Ce sont eux qui ont décidé d'amoindrir leur pouvoir, afin de rester dans l'esprit de la Loi.
Phénomène unique dans l'histoire, celle d'une classe dirigeante qui préfère disparaître plutôt que de régner en trahissant son idéal, en l’occurrence celui de la Thora : les chefs ont pour rôle de guider le peuple dans les grandes orientations, peuple qui se doit d'être saint. S'il ne répond plus à certaines exigences morales fixées par la Thora, les dirigeants jugent que la répression est inutile et décident d'eux-mêmes d'abolir le Sanhédrin. Progressivement, le pouvoir des Sages s'est donc étiolé et, suivant une longue évolution dans l'histoire, ils sont restés en poste à titre de conseils et de guides.

Une théocratie impossible

Par le respect, quelles que soient les circonstances, du système de Loi (hala'ha) les Rabbins se sont toujours conformés à la Thora, c'est-à-dire à la constitution, sacrifiant leur rôle de dirigeants s'il le fallait ! A l'époque du second Temple, le Sanhédrin cessa de siéger car le niveau moral du peuple avait baissé, entraînant une recrudescence de crimes pour lesquels on aurait dû appliquer des peines lourdes. Mais ces peines n'existent dans la Thora qu'à titre d'avertissement et de prévention. Si elles perdent ce caractère, elles n'ont plus de raison d'être. Car le système prévue par la Thora ne peut fonctionner qu'à un certain niveau moral et spirituel. Il ne s'adresse qu'à un peuple capable d'assumer des responsabilités très élevées. C'est pour cette raison que le Sanhédrin cessa de siéger.
Il est donc structurellement inenvisageable qu'une théocratie coercitive puisse s'instaurer au sein d'une société de Thora. Aujourd’hui, la régénérescence des valeurs juives ne peut se faire que par l’étude de la Thora. Et seuls ceux qui l’étudient peuvent apprécier la connaissance et les valeurs des Sages (guedolim). C’est par cette connaissance et par ces valeurs que les Sages d’Israël peuvent diriger le peuple.

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