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Cours en ligne

Science et Thora

La vérité apporte-t-elle le bonheur?

Article par Stéphanie Simon
(1ère partie)
La vérité est une notion essentielle à la vie. Sans elle, les pires abominations sont possibles. On l’a notamment vu sous les régimes communistes, et dans les dictatures en général. Mais si la vérité est indispensable à la vie sociale, est-elle garante d’un bonheur palpable dans nos vies privées ? N’est-il pas plus simple de vivre des moments agréables, avec certains principes moraux, mais sans forcément rechercher un idéal ?
Pour tous ceux qui pourraient penser que la Thora est un dogme qui impose une vérité, il faut d’abord préciser une chose importante : la Thora est la première à avoir apporté au monde la notion d’une vérité multiple et composite.

Petit exposé philosophique (pas de panique, on va rester simple !)

Hillel et Chamaï furent les élèves de Chemaya et Abtalion dont ils ont reçu la Thora dans son intégralité (cf. Maïmonide).

Pourtant, c’est eux, et leurs écoles, qui vont développer les controverses les plus profondes.

Et cette opposition est donnée par nos maîtres (Avoth 5 ; 17) comme exemple d’une discussion où le seul but est de parvenir à la vérité (ma’hloket lechem chamayim : littéralement, opposition au nom du Ciel).

Le Talmud nous permet d’avancer dans notre réflexion :

« Rabbi Abba rapporte au nom de Chmouel : ‘Pendant trois ans, l’école de Chamaï et l’école d’Hillel déclaraient que la loi (hala’ha) devait être fixée d’après leurs opinions.

C’est alors qu’une voix céleste (bat kol) se fit entendre : ‘Celle-ci et celle-là sont des paroles du D.ieu vivant, mais la loi est fixée selon l’avis de Hillel.’ »

Le Talmud pose immédiatement la question suivante : si les deux opinions sont vraies et sacrées, pourquoi l’école d’Hillel a-t-elle mérité que la loi soit tranchée en sa faveur ?

La réponse : les disciples de l’école d’Hillel étaient doux, patients et respectueux ; ils citaient toujours les avis de l’école de Chamaï en n’hésitant pas à les mentionner avant leurs propres opinions.

Cela vient nous apprendre que D.ieu élève celui qui sait se faire petit et humble, et qu’à l’inverse, celui qui se met en avant, D.ieu diminue son importance. » (Talmud Erouvin 13b)

Mais comment comprendre que deux opinions contradictoires sont toutes deux paroles émanant de D.ieu et donc parfaitement vraies ?

Et comment comprendre ensuite les mots impliquant Chamaï par allusion (‘celui qui se met en avant, D.ieu diminue son importance’), mots apparemment péjoratifs et incompatibles avec le haut degré spirituel de ce dernier ?

u Vraies et contradictoires

L’interprétation du Ritva va nous permettre de répondre à la première question :

« Les grands maîtres de l’école des Tossafistes ont posé la question : comment est-il concevable que deux opinions contradictoires, l’une affirmant qu’une choses est permise, l’autre qu’elle est interdite, puissent avoir toutes deux une origine divine, et être donc vraies ?

Lorsque Moïse est monté sur le mont Sinaï pour recevoir la Thora, il lui fut enseigné qu’au niveau du raisonnement pur, il y a quarante-neuf raisons logiques de trancher qu’une chose est interdite, et quarante-neuf autres pour trancher que cette même chose est permise.

Moïse demanda alors à D.ieu : « Comment devrons-nous procéder ? »

D.ieu lui répondit : « A partir de maintenant, le rôle des maîtres d’Israël sera de découvrir, à travers leur raisonnement et leur travail, les différents aspects de la vérité. Ensuite, si les avis sont partagés, la hala’ha sera fixée d’après certaines règles, dont la plus répandue sera de suivre la majorité des avis. » (‘Hidouché haRitva ibid.)

Evidemment, pour redécouvrir les différents aspects de la vérité qui ont été montrés à Moïse au Mont Sinaï, il faut s’être hissé à un niveau de sagesse et de pureté très particulier.

C’est alors seulement que l’on peut affirmer : ‘Celle-ci et celle-là sont des paroles du D.ieu vivant’, les deux approches sont vraies, même si contradictoires.

Ce n’est pas le cas quand deux élèves rapportent au nom de leur maître un message différent, car cela ne peut être dû qu’à une mauvaise compréhension ou à un oubli. (cf. Rachi Ketouboth 57a).

Hillel et Chamaï sont les premiers à avoir mérité que la voix céleste considère leurs opinions comme révélant chacune un aspect de la vérité, et ces deux maîtres d’Israël sont les parfaits exemples de ce mécanisme.

Par leur abnégation et leur objectivité, leur élévation spirituelle et intellectuelle, ils ont pu révéler, chacun avec son âme et sa perception spécifique, l’une des face de la vérité.

Reste une question : Pourquoi Hillel fut choisit pour que la loi soit statuée d’après son avis ?

u Etres célestes

On l’a vu, le Talmud explique que la loi (hala’ha) est fixée selon les avis de Hillel et de son école en raison de leurs attitudes de souplesse, de douceur et d’humilité.

Cela sous-entend donc de façon claire que Chamaï et son école, ne possédaient pas ces qualités. Mais dans la mesure où le principe même de ‘Celle-ci et celle-là sont des paroles du D.ieu vivant’ implique un niveau parfait de caractère, comment concilier les deux données.

Car les vertus d’humilités et de douceur sont des valeurs intrinsèques de la Thora.

Dire que Chamaï était né avec ce tempérament ne résout en rien le problème, car il est clair que la sagesse de nos maîtres se mesure à leur capacité de maîtriser leur nature et à former leur caractère. Un homme de la stature de Chamaï était sans aucun doute en mesure de forger son caractère selon la volonté et les directives de la Thora.

Rabbi Israël Salanter en déduit donc que les conduites différentes des deux maîtres (Chamaï était intransigeant alors qu’Hillel doux et patient), tiraient leur origine d’une différence d’approche réfléchie et étudiée, et entrait dans le cadre des nombreuses oppositions (ma’hlokoth) entre eux.

Nous citerons ici une petite partie d’un texte de Rabbi Israël Salanter sur ce sujet (Or Israël chap 30, première remarque), où il précise les conditions requises pour que des discussions entrent dans ce cadre :

« De par sa nature même, un homme réfléchit et décide, sous l’effet de nombreux paramètres et non sous celui de son intellect pur.

A la différence des anges et des autres êtres célestes, exclusivement formés d’esprit pur, chaque homme est doté d’une âme, dont les composantes influent sur sa façon de penser.

Dans ce que l’on appelle les forces de l’âme (ko’hot hanefech), il faut tenter de discerner celles qui sont innées, indissociables de son intellect, et les autres, qui viennent fausser son jugement (néguiat hadaath), et dont il peut enrayer l’influence par un effort sur lui-même. »

Les paroles de Rabbi Israël Salanter correspondent à ce que d’autres maîtres enseignent au nom de la Kabbale.

u Les besoins de l’humanité

L’âme de Hillel tirait son origine de l’attribut de bonté (‘hessed), comme celle d’Abraham, alors que celle de Chamaï venait de l’attribut de Justice et de rigueur (din), comme celle d’Isaac.

C’est la raison pour laquelle le Zohar nous révèle que dans notre monde, la loi (hala’ha) a été fixée selon Hillel, alors que dans le monde futur (leatid lavo), la loi suivra l’avis de Chamaï.

Dans son commentaire sur le Siddour, Rabbi Avraham ben Hagra, le fils du Gaon de Vilna, interprète cette donnée de la façon suivante :

Le but véritable de la création est que l’homme s’élève à un niveau qui lui permette d’être à la hauteur de la rigueur divine (din).Telle est la signification des paroles de nos maîtres selon lesquelles le plan initial de D.ieu était de créer un monde régi par cette rigueur (midat hadin)
Mais cela ne peut être atteint que par des hommes de très haut niveau, qui ont réalisé un travail personnel important.

En ce qui concerne l’humanité dans son ensemble, elle ne peut survivre que si réside dans le monde l’attribut de Miséricorde (midat hara’hamim). L’approche d’Hillel, dont l’âme tire ses origines de l’attribut de bonté ( ‘hessed) correspond aux besoins de l’humanité ici-bas.

Dans l’au-delà par contre, lorsque l’humanité aura atteint son but véritable, la volonté réelle du Créateur pourra se réaliser et Chamaï, qui suit l’attribut de rigueur, deviendra le repère.

Cela correspond aux paroles de Rabbi Israël, qui explique ce sont les caractéristiques de l’âme (ko’hot hanefech) des deux grands maîtres qui les ont amené à des décisions différentes.

u Nous sommes tous différents

Rabbi Israël Salenter, dans son ouvrage « Or Israël » (chapitre 30, première remarque), nous permet d’approfondir encore les concepts abordés dans ce texte du Talmud et dans les mots du Ritva.

Il nous explique que les maîtres d’Israël dont la voix céleste jugent leurs avis, même contradictoires, comme constituant une partie de la vérité, doivent atteindre un niveau spirituel leur permettant de s’élever au dessus de leurs intérêts personnels.

Car ces intérêts personnels peuvent à coup sûr influencer certaines décisions, fausser la vision des choses, modifier la sensation qu’un homme a d’une situation et d’un fait objectif.

Cette opposition qui peut et doit exister entre les maîtres d’Israël exclue donc tous ceux qui n’ont pas atteint un grand niveau de pureté, de connaissance et d’honnêteté.

Pour tous les autres, ceux qui sont parvenus à dépasser leur condition exclusivement matérielle, la voix céleste dit : « Celle-ci et celle-là sont des paroles du D.ieu vivant ».
Et ce sont ces hommes-là, qui ont pour charge de retrouver toutes les facettes d’une même vérité, celle de D.ieu.

D.ieu nous a créé tous différents, tous spécifiques, pour que notre sensibilité propre, notre approche, notre esprit particulier, puissent nous faire percevoir les événements différemment et ainsi apporter le témoignage de notre propre sensation du monde.

C’est ainsi que les grands maîtres d’Israël, grâce à leur construction personnelle, peuvent percevoir une certaine partie de la vérité des choses , et ainsi imprimer leur vision sur les décisions hala’hiques.

A notre niveau, ce n’est qu’en recherchant à révéler l’une des facettes de la vérité, en faisant briller nos spécificités, que l’on peut espérer atteindre notre harmonie personnelle.

On le constate malheureusement chaque jour, au détour des colonnes des faits divers, ceux qui tentent de copier des prototypes de bonheur, en calquant leurs vies sur celles des modèles (top ou pas) proposés par la société de consommation, tombent rapidement dans la dépression, les drogues (anxiolytiques et autres, toutes les autres), la recherche éperdue du « toujours plus ».

Il ne vivent plus leur vie, leurs rêves, leurs passions, mais la vie formatée pour le plus grand nombre, les rêves de tout le monde, les passions avalisées par le label ‘vu à la télé’.

Mais nous ne sommes pas des numéros, et nous avons besoin de révéler en nous nos vraies aspirations, déceler une certaine vérité qui existe dans notre âme, pour espérer atteindre le bonheur.

Sans cette recherche, la vie vaut-elle d’être vécue ?
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