Article par Leava.fr
1ère leçon : Frustrée, moi jamais !
Une petite dispute ‘bien d’chez nous’ peut arriver dans n’importe quelle famille, même la plus sereine. Mais la plupart du temps, la crise de nerf ne vient pas seule. Il faut une succession de petits éléments qui, réunis, vont constituer un mélange explosif. Comment éviter les cris et les prises de tête : avec beaucoup d’amour et un peu de zen, on s’en sort très bien ! Suivez le guide…
On passe rarement d’un état de calme parfait à une explosion intersidérale avec tir de roquettes de la planète ‘homme’ ripostant à une attaque de missiles venant de la planète ‘femme’, encouragée par les pleurnicheries de la comète plus ou moins neutre ‘enfants’.
En général, la crise de nerfs vient après une succession, perceptible ou non, consciente ou non, de divers événements qui ont provoqué chez l’un des deux partenaires (ou plutôt l’un des deux antagonistes), un surchauffement de l’encéphalogramme.
Bien souvent, ces éléments appartiennent à la catégorie ‘frustration’ ben connue des psychologues. Alors que l’on attend de voir la vie en rose avec l’élu(e) de son cœur, on la découvre désespérément grise, parce que nos attentes sont trop rarement comblées. Pour éviter les cris, il faut donc éviter le gris.
Quelles sont les principales attentes frustrées que l’on rencontre : chez les femmes, ce sont souvent des cadeaux qui ne viennent pas, ou pas assez souvent, ou pas assez chers, ou pas assez gentiment offerts.
C’est aussi l’absence d’une attention, du sentiment d’être comprise, écoutée, plainte et soutenue.
C’est enfin le manque de romantisme, de mots doux, de vie passionnée…
Chez les hommes, c’est souvent l’envie d’être accueilli avec un sourire, dans une maison calme, avec une femme jolie et détendue.
C’est un besoin de rester seul parfois, pour réfléchir, décider, mettre les choses à plat.
C’est un besoin d’être écouté quand on a fait une grande découverte sur la vie, le monde et les hommes.
« C’est celui qui crie le plus fort qui a raison »
Quand toutes ces attentes, ou une partie d’entre elles, sont déçues, la personne frustrée, que l’on appellera ‘partie A’ se sent mal-aimée, victime de l’injustice de la vie, désespérée à l’idée que tous ses espoirs aboutissent à cette pitoyable situation.
Le moindre mot de travers, la moindre critique devient alors insupportable et injuste, et la ‘partie A’ va alors sortir de ses gonds et chercher à faire exploser cette situation infernale, quitte à chercher la dispute, pour qu’au moins, on l’écoute, pour que la partie adverse reconnaisse enfin ses erreurs, son iniquité.
Commence alors le cycle bien connu du « c’est celui qui crie le plus fort qui a raison » et comme tout le monde a raison…
Pour éviter d’entrer dans cette boucle sans fin, reprenons les choses en amont, avant que la frustration ne s’installe.
Règle d’or : avant de se demander ce que l’autre aurait dû faire, se poser la question : « Qu’est-ce que je peux faire pour lui ? »
Car en voyant l’action avec les yeux de l’autre, on mesure mieux l’étendue des efforts, la difficulté qu’il a sans doute rencontrée et qui justifie qu’il ne soit pas forcément parvenu à répondre à nos attentes.
Ensuite, il est bien plus constructif et positif de chercher à agir, que de demander à l’autre d’agir.
Les maîtres du Moussar (éthique juive) nous apprennent que l’on doit toujours se demander en quoi nous avons échoué, en quoi nous pouvons nous améliorer, et comment nous pouvons aider l’autre. Et non chercher à discerner les erreurs des autres, attitude vaine qui ne concerne pas notre domaine d’action.
Pour agir positivement, il faut donc avoir sans cesse à l’esprit : « De quoi mon conjoint a-t-il besoin ? »
On raconte qu’un élève de Rabbi Israël Salanter se plaignit un jour auprès de son maître qu’il ne parvenait à se faire aimer de son épouse bien qu’il fit beaucoup pour elle et qu’il lui offrit maints présents.
« Ce que je lui donne ne lui plaît pas, et n’est jamais suffisant ».
Plutôt que de considérer ce mari comme malchanceux, Rabbi Israël lui répondit :
« Vraisemblablement, tu lui offres ce que tu veux lui donner, et non ce qu’elle a besoin de recevoir. Un acte de ‘hessed (bonté) ne se mesure pas selon ce que tu considères bon pour elle, ni même selon ce que tu estimes lui manquer, mais selon ce qu’elle-même juge bon pour elle. »
A Son image
En réalité, les conjoints pourraient se sentir merveilleusement bien ensemble, même en se donnant beaucoup moins, à condition de gratifier l’autre de ce qu’il désire recevoir.
A l’inverse, lorsqu’ils ne donnent que ce qu’ils jugent bon, ils s’exposent à la critique de leurs présents, ou de leurs actes, en dépit de leur intention sincère d’agir positivement et de faire plaisir.
Procurer à l’autre ce qu’il veut recevoir, et non ce que nous estimons important pour lui constitue l’un des attributs divins, que le Roi David exalte en ces termes :
« Tu ouvres Ta main et rassasies chaque être vivant de sa volonté »
(Téhilim 145 ; 16)
Le Midrach commente (Chemoth Rabba 25) : Il n’est pas écrit : ‘Tu rassasies chaque être vivant de nourriture, mais ‘de sa volonté’. Ce qui signifie que tu procures à chacun ce qui est sa volonté profonde, l’objet de son attente.
Cet attribut du Créateur est si important que ce verset, qui figure dans le Psaume ‘Achré’, doit être dit tous les matins avec la plus grande concentration. Et celui qui a omis de le faire doit répéter ce verset (Choul’han Arou’h, Ora’h ‘Haïm 51 ; 7).
On le sait, l’homme est à l’image de D.ieu, ce qui signifie que nous devons mettre tous nos efforts (même si nous ne pouvons espérer y parvenir totalement) à ressembler à notre Créateur, c’est-à-dire concrètement chercher à imiter ses actions et sa manière de se comporter avec nous.
Il n’incombe pas seulement de donner à l’autre ce qu’il veut recevoir ; il faut également lui dire ce qu’il aspire à entendre et non ce qu’on veut lui faire entendre.
Prétextes psychologiques
Que ce soit dans le domaine des cadeaux ou des biens matériels, de l’aide physique ou des paroles, bien souvent, les couples trouvent des prétextes pour justifier leur incapacité à ne pas donner à l’autre ce qu’il attend.
Ils s’appuient, pour légitimer leurs insuffisances, sur des explications psychologiques.
« Il demande cela parce que son père l’exigeait de sa mère » ou alors : « C’est parce qu’elle est d’origine polonaise, ou marocaine (ou autre !) ».
La personne qui émet une telle affirmation voudrait montrer que les besoins de son partenaire ne sont pas authentiques, et ne relève pas de besoins spécifiques.
Dans la mesure où cette demande vient d’un autre facteur, on n’aurait plus de raison de la satisfaire. Cette approche est erronée car l’origine du besoin ne change en rien sa réalité.
Toute analyse psychologique, même juste, n’abolit pas le devoir que nous avons de répondre à l’attente de notre conjoint.
Il suffit que notre partenaire éprouve cette nécessité pour que nous soyons dans l’obligation de la combler.
Voici donc l’une des bases qui va nous permettre d’éviter les frustrations, et donc les malentendus et les disputes.
Evidemment, si l’on voit que l’on souffre trop des manques que l’on ressent, et que notre conjoint ne les comprend pas, il ne faut pas souffrir trop longtemps en silence.
En général la partie B, voyant la partie A faire des efforts, cherche elle aussi à répondre aux attentes de l’autre et les deux camps parviennent à une harmonie.
Mais dans des cas où la situation n’évolue pas, et que le conjoint reste sur sa position faite d’indifférence, on peut avoir recours à d’autres méthodes, mais jamais en direct.
On peut tenter d’en parler avec un(e) ami(e) du conjoint pour que la demande ne vienne pas directement de l’intéressée. Mais il faut s’assurer que ce proche est de confiance et n’ira pas révéler l’origine de cette discussion qui doit rester anodine.
Le mieux est évidemment d’en parler à son rav, car il sera le mieux placé pour en parler avec discrétion, et il aura, si D.ieu veut, les mots pour être écouté…
Vous avez aimé, vous en voulez encore ? Prochainement peut-être, la deuxième partie de notre série : « Comment éviter les crises de nerfs ».